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France - Marcel Gauchet analyse la dépression nationale - Causeur du 22 septembre 2008

 
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MessagePosté le: Dim 19 Oct - 05:39 (2008)    Sujet du message: France - Marcel Gauchet analyse la dépression nationale - Causeur du 22 septembre 2008 Répondre en citant

Décidemment, Marcel Gauchet semble bien être devenu la voix intellectuelle indépendante française qui sait parler clair et juste des problèmes de fond de la France. Le voici dans une interview à Causeur par Elisabeth Levy et Gil Mihaely du 22 septembre 2008.

La partie sur l'immigration sonne particulièrement juste. Elle questionne en particulier sur l'accès aux aides sociales. "Il y a un lien intime entre ouverture à l’immigration et limites de l’État-providence". Elle passe pourtant sous silence la question cruciale des couples et familles franco-étrangères, à la charnière des Français et des Etrangers, et qui constituent l'essentiel de l'immigration familiale. Mais d'ailleurs, pouvons-nous parler d'immigration pour qualifier les familles franco-étrangères ? Ne sont-elles pas tout simplement des familles françaises comme les autres. Il faudrait lui demander son avis. En attendant, quelques extraits de l'interview dont vous pouvez lire l'intégralité sur Causeur.


France - Marcel Gauchet analyse la dépression nationale
Causeur par Elisabeth Levy et Gil Mihaely - 22 septembre 2008

Citation:

La crise française est-elle d’abord une crise des élites ?
Elle l’est pour une part essentielle. La situation n’est pas propre à la France, mais elle est plus vivement ressentie en France qu’ailleurs, en raison du poids que notre histoire et notre modèle politique ont donné à ces élites dans la vie du pays.

Mais alors, est-ce l’élite qui est coupée du réel, ou « le peuple » qui est incapable de s’adapter à la nouvelle donne – ce que suggère l’antienne du pays impossible à réformer ?
La mission de l’élite, c’est de conduire les évolutions du pays, ce qui suppose de les rendre intelligibles et de les faire accepter ; or c’est très exactement ce qu’elles ne savent plus faire depuis 1975. Le giscardisme a été un premier échec, le mitterrandisme un deuxième, qui a ajouté solide couche de mensonge. Quant une à Chirac, il a offert une brillante synthèse de Giscard et de Mitterrand.

En tout cas, au moment même où les élites adhéraient à une mythologie du changement – ce que Pierre-André Taguieff a appelé le “bougisme” – elles ont été incapables de conduire la moindre réforme. Paradoxal, non ?
Essayons de résumer le problème. La société française est prisonnière d’un passé qui fait qu’elle attend l’essentiel de l’Etat. On peut le déplorer, vouloir la changer sur ce point, mais c’est ainsi. Les Français veulent un roi qu’ils veulent guillotiner. Ils combinent l’attente à l’égard du pouvoir et la révolte endémique contre lui. Du coup, les décisions des pouvoirs en place sont systématiquement contestées, mais cela ne conduit pas pour autant à les renverser.

Le divorce entre gouvernants et gouvernés est-il si nouveau ? La “trahison des élites” est une vieille histoire, voilà presque soixante-dix ans que Marc Bloch l’a étudiée.
Il est vrai que plusieurs épisodes antérieurs ont fait de ce divorce une maladie chronique de notre histoire. Il faut au moins remonter à la première Restauration arrivée dans les fourgons des armées d’occupation, ce qui n’est pas une situation optimale pour légitimer un pouvoir en place. Le deuxième épisode, qui n’est guère plus glorieux, c’est la Commune de Paris. De nouveau, les élites sauvent leur peau grâce à la complicité passive de l’armée prussienne qui laisse la république bourgeoise faire le sale boulot. Pour couronner le tout, survient le désastre de 1940 dont les élites dirigeantes sortent complètement disqualifiées. Le terme de “collaboration” dissimule encore l’ampleur des dégâts. Au-delà de ceux qui se sont ouvertement vendus à l’ennemi, les milieux dirigeants ont été globalement soupçonnés d’avoir préféré l’hitlérisme au Front populaire. Non sans raisons.

De ce point de vue, vous ne pouvez nier que le gaullisme marque une rupture. Et les gaullistes ont modernisé la France.
Le gaullisme a eu, en effet, l’extraordinaire vertu d’effacer ces ardoises successives en redonnant une légitimité à une droite moderne et modernisatrice, non compromise dans la collaboration et même très active dans la résistance. Bref, il a montré qu’il existait une autre droite hors de cette bourgeoisie réactionnaire d’une stupidité sans fond. (L’un des mystères de l’histoire de ce pays est la manière dont un crétin profond comme Maurras a pu, durant trente ans, passer pour un oracle auprès de la bourgeoisie). Les Gaullistes ont réussi la modernisation industrielle du pays grâce à une technocratie bienveillante qui a prouvé que les élites n’étaient pas systématiquement du côté de la trahison. Ajoutons-y la stabilisation du système politique, et on a pu croire, un moment, que les comptes d’un passé très chargé étaient soldés. Là réside le secret de l’unanimité rétrospective autour de Charles de Gaulle. Hélas, les plaies n’étaient pas encore cicatrisées. Cela dit, n’exagérons rien. Nous n’avons pas affaire aujourd’hui à la trahison des élites mais plutôt à leur démission, leur affaissement qui entraîne à son tour une décérébration du pays. Le discours public est d’une nullité ahurissante.

Citation:

Bon. Que les élites ne soient pas à la hauteur est une chose. Mais les citoyens sont-ils plus dans le coup ?
Non bien sûr. La désorientation est générale. Toute la difficulté de la situation est que l’identité collective est elle-même en crise parce qu’elle n’entend plus de discours plausible à son propre sujet et que les gens ne connaissent plus l’histoire de leur pays. Mais le fait de ne pas connaître l’histoire dont ils procèdent ne les empêche pas d’être sous son emprise. Aujourd’hui, l’identité française se manifeste surtout de manière négative, par la répugnance viscérale qu’inspirent spontanément certaines propositions. Le CPE en a offert un cas de figure typique. Dispositif anodin aux yeux de ceux qui l’avaient conçu, il touchait à quelque chose venu du plus profond de l’histoire de France – le licenciement sans motif, cela pue l’arbitraire, les lettres de cachets, la Bastille, les phobies françaises par excellence. D’où cette colère à laquelle nos élites ont assisté, stupéfaites et impuissantes, et qui a achevé de les convaincre de l’irrationalité des populations. En réalité, replacée dans son contexte symbolique, cette réaction était très rationnelle ! La même histoire s’était jouée sur le mode mineur avec l’affaire des “ATOS”, les personnels administratifs de l’Education nationale dont le gouvernement Raffarin voulait transférer la gestion aux régions. Le résultat avait été une levée générale de boucliers, apparemment incompréhensible mais touchant à une autre phobie française, dirigée contre les féodalités locales.

Ces phobies sont certainement compréhensibles, légitimes, ancrées dans le roman national. Leur persistance ne témoigne-t-elle pas d’un indécrottable refus du réel ?
Je ne crois pas. Les crispations “inexplicables” montrent ce qui nous manque : un discours public prenant en charge ces spécificités nationales dans ce qu’elles ont d’historiquement fondé pour les désarmer et les faire évoluer quand c’est nécessaire. Si vous les heurtez de front, vous ne suscitez qu’un rejet instinctif. Il ne faut pas oublier que l’équation de la France moderne, c’est l’alliance entre le pouvoir central et le peuple contre les autorités intermédiaires. Dans cette configuration, la “base” (ce que vous appelez la “France d’en bas”), est fortement demandeuse à l’égard des élites. Le drame est que celles-ci ne comprennent strictement rien à ce qu’on attend d’elles.
La crise identitaire française ne tient pas seulement au modèle de régulation économique mais aussi et peut-être surtout, à la panne de la machine à fabriquer des Français.

Citation:

L’incapacité des élites à avoir un discours et une politique clairs sur l’immigration ne doit-elle pas être incriminée au premier chef ?
C’est l’exemple même du désastre politique français. En Europe, la France était le seul pays à avoir une tradition d’immigration, avec une assez remarquable réussite au total, au-delà des accidents de parcours plus ou moins graves. Ce qui aurait pu être un atout est devenu un handicap dans le contexte où l’immigration s’est imposée comme une donnée constitutive de la vie des sociétés européennes. Le modèle français classique était républicain et assimilationniste. Il a été pris à contrepied par les nouvelles exigences en matière d’identité culturelle et personnelle. L’individualisme, c’est aussi cela. Il eût fallu le faire intelligemment évoluer, en mesurant ce qu’engage de fondamental l’immigration pour la société d’accueil, politiquement et symboliquement. L’immigration est un problème, qu’on le veuille ou non. Il l’est en ceci, très exactement, que les flux de population ne se régulent pas tout seuls, pas plus que le reste, n’en déplaise aux ultra-libéraux qui s’ignorent que sont nos braves militants de l’ouverture des frontières. Il eût fallu tirer les leçons de l’autre grand modèle, le modèle américain, confirmé par la marche de l’histoire quand le nôtre a été battu en brèche. De quoi est faite la réussite américaine en la matière ? D’abord, de l’adhésion des nouveaux venus au credo américain. Chaque immigrant confirme avec ses pieds que tout le monde veut devenir américain et qu’il a raison, parce que c’est ce qu’il y a de mieux au monde. L’immigration est perçue comme positive, par là-même. Elle est faite ensuite de l’exigence envers les immigrés : tu viens aux États-Unis pour réussir par ton travail, donc tu te démerdes, et tu ne demandes rien à personne. Résultat : l’apport des nouveaux arrivants à la richesse collective est indiscutable. Il y a un lien intime entre ouverture à l’immigration et limites de l’État-providence.

Mais l’adhésion ne se décrète pas. Pensez-vous que nous aurions dû ou pu en faire autant ?
Pas du tout. Mais nous avions à en tirer une vue claire des nœuds des problèmes. Nous avons fait le contraire, et nous avons tout faux : nous avons organisé une immigration vers l’État-providence et une immigration pénitentielle, qui plus est, présentée non comme une adhésion à notre culture, à notre histoire, à nos valeurs, mais comme une expiation des crimes commis en leur nom. Étonnez-vous après ça que les populations aient une perception mitigée du phénomène ! Là-dessus, cerise sur le gâteau, ces réticences ont été le prétexte d’une campagne de mépris social ahurissante, de la part du gratin, envers ces petits blancs racistes et “fermés”. Nous sommes dans un pétrin inextricable. Tout est à refaire et les candidats ne se bousculent pas.

Citation:

Si nous vous suivons, la défiance, devenue la règle entre la base et le sommet de la société, charrie du ressentiment – qui est peut-être le dernier ciment de l’identité nationale. Autrement dit, il y a une sale ambiance dans la famille France. Diriez-vous que nous sommes dans une situation prérévolutionnaire ?
Non. En revanche, des explosions contestataires de grande ampleur sont parfaitement imaginables. Nous aurions pu assister, pour le quarantième anniversaire de “mai 1968″, à un remake en son et lumière, si Sarkozy avait été au bout de l’intention qu’on lui prêtait de nommer aux Universités et à la Recherche le ministre que nous attendions tous avec impatience, je parle de Claude Allègre. Plus sérieusement, dans le contexte économique actuel et alors que l’horizon paraît bouché, une rentrée sociale extrêmement agitée n’est pas à exclure. Mais une révolution, c’est autre chose. Cela suppose un projet révolutionnaire, une vision de l’avenir qui parle aux gens. Les acteurs de 1789 et de 1848 étaient mobilisés par des idéaux largement partagés. Aujourd’hui, il n’y a aucune offre révolutionnaire plausible. À quoi ressemblerait “l’autre société” ? Pensez à ce qui s’est passé en 1968. Tout ça pour aboutir à Mitterrand et Marchais – autant rentrer dans le rang en attendant des jours meilleurs. Et pourtant, en 1968, toutes les conditions conjoncturelles d’une révolution étaient réunies. Toutes sauf une : il n’existait en fait, derrière la rhétorique, aucun projet révolutionnaire, à peine un vague parfum d’utopie ; et aujourd’hui, même celui-ci n’est plus au rendez-vous.

Pourquoi l’abstentionnisme n’est-il pas plus élevé ?
Parce que les gens continuent à croire dans la politique ! C’est peut-être ainsi que les Français persistent dans leur être. Quand tout devrait les inciter à se détourner de la politique, ils veulent y croire encore ; et il suffit que des personnages habiles et talentueux parviennent à faire vibrer cette corde-là, et c’est reparti ! En attendant, si Nicolas Sarkozy échoue pour de bon, la crise française sera de grande intensité.

À quoi se verra un “échec pour de bon” ?
Au fait qu’il sera devenu clair pour le plus grand nombre que la “rupture” annoncée n’a rien réglé. Pour l’instant, Sarkozy parvient encore à donner le change grâce à pas mal d’habileté cosmétique (l’autonomie des universités ou les régimes spéciaux) et à la multiplication permanentes des fronts. Reste à voir si, dans quatre ans, les Français auront l’impression d’avoir fait l’aggiornamento qui les remet dans la course et les tire de l’ornière. Si ce n’est pas le cas, le retour à la case “déprime” initiale sera rude.


Par ailleurs, Nicolas Sarkozy semble avoir trouvé sa cause : l'Europe. Du moins à en croire Jean-Pierre Jouyet, notre secrétaire d'état socialiste aux affaires européennes. Lu sur son blog http://www.jpjouyet.eu/?post/2008/10/16/Compte-Rendu-du-Conseil-europeen-des-15-et-16-octobre-2008#suite"Bilan à chaud du Conseil Européen du 15 et 16 octobre 2008". Une petite phrase glissée dans sa conclusion doit éveiller, fort heureusement, toute notre attention :

"D’un mal - profond - peut sortir un bien - inattendu. C’est un peu le bilan à chaud que l’on peut tirer de ce Conseil dans lequel, fort heureusement, rien ne s’est passé comme prévu. C’est stimulant pour l’Europe qui prouve son unité, sa réactivité. C’est encourageant pour l’avenir car on voit que la coordination entre les Etats Membres (ce que l’on appelle dans la théologie européenne "l’Intergouvernemental") n’est pas ennemie, loin de là, du plus d’Europe et de l’esprit communautaire".

Et là, pour le coup, ça nous concerne ...


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MessagePosté le: Dim 19 Oct - 05:39 (2008)    Sujet du message: Publicité

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