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France : Didier Lapeyronnie : "Les tensions sociales se résolvent de plus en plus par la mise à distance, l’isolement. Pour la société, le ghetto n’est pas une maladie mais une solution"

 
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MessagePosté le: Lun 19 Jan - 16:06 (2009)    Sujet du message: France : Didier Lapeyronnie : "Les tensions sociales se résolvent de plus en plus par la mise à distance, l’isolement. Pour la société, le ghetto n’est pas une maladie mais une solution" Répondre en citant

Didier Lapeyronnie : "Le ghetto, pire que la misère"
La Croix - 16 janvier 2009 - Propos recueillis par Claire LESEGRETAIN

Dans une enquête qui se dévore comme un roman sur une cité d’une ville de l’Ouest, le sociologue Didier Lapeyronnie, professeur à la Sorbonne-Paris IV, dresse le constat oppressant d’une population en souffrance que tous préfèrent ignorer... jusqu’à la prochaine crise.

La Croix : Lors d’un précédent entretien (lire La Croix du 3 février 2006), vous affirmiez que « les ghettos de nos cités sont le résultat du désert politique ». Diriez-vous la même chose deux ans plus tard ?

Didier Lapeyronnie : Oui, car la situation s’est encore dégradée. Avec la crise financière et la fermeture de bon nombre d’agences d’intérim, les deux tiers de la population des cités ne trouvent plus de travail. L’élection de Nicolas Sarkozy a également été mal vécue par les gens des cités parce qu’ils ont le sentiment d’avoir été désignés comme les fauteurs de troubles, « la racaille », et le choix du nouveau président s’est joué là-dessus. 

Lorsqu’il y a vingt ans, j’ai commencé à travailler dans les cités, elles ne pouvaient être considérées comme des ghettos en raison de leur mixité sociale. Depuis, le chômage s’est accru, les écarts sociaux se sont creusés, la ségrégation raciale s’est renforcée… Si bien que l’existence de quartiers entiers d’où les habitants ne sortent pas et où l’économie souterraine permet divers trafics autorise désormais à parler de « ghettos ».

Pourquoi a-t-on laissé ces ghettos se développer ?

Parce que de plus en plus les tensions sociales se résolvent par la mise à distance, l’isolement. Pour la société, le ghetto n’est pas une maladie mais une solution. En province, les ghettos sont souvent ignorés car ils n’ont pas l’ampleur des cités de Seine-Saint-Denis ou de la banlieue lyonnaise. Il y a pourtant régulièrement des émeutes, mais elles passent inaperçues. À chaque fois, c’est le même scénario : bavure policière, émeutes, échauffement médiatique, promesses locales et gouvernementales de « plan Marshall pour les banlieues », puis tout retombe. Parce que tout le monde s’en fiche et que personne ne sait plus ce qu’il faut faire.

Et que faudrait-il faire selon vous ?

Je ne préconise rien et ne crois plus beaucoup aux solutions politiques. On essaye de mettre en avant des rénovations réussies, des activités associatives ou culturelles novatrices, mais ces exemples restent limités. Les pouvoirs locaux se sentent impuissants et constatent parfois l’inverse des effets escomptés : c’est à Vaulx-en-Velin, qui faisait figure d’exemple en termes de politique sociale dans les années 1980, qu’il y a eu les plus graves émeutes en octobre 1990 puis en novembre 2005 ; certaines municipalités du Nord qui avaient financé divers projets de réinsertion ont connu de nombreuses émeutes ces dernières années…

Venons-en à votre enquête à Bois-Joli, cité que vous maintenez anonyme pour ne pas nuire à ses habitants. Selon vous, il existe quatre profils d’habitants. Lesquels ?

Pour les « stables » (20 % des habitants de Bois-Joli), les aides sociales sont relativement marginales ; les individus travaillent et même si les salaires sont bas (900 € net par mois après trente ans de travail à la chaîne en usine), ils permettent une certaine autonomie. Les « précaires » sont des travailleurs pauvres ou des familles en difficulté, en raison du chômage ou d’un divorce ; ces habitants (45 % de Bois-Joli), beaucoup plus dépendants des aides, fréquentent l’épicerie sociale.

Les « assistés » (20 % de Bois-Joli), souvent des femmes seules avec enfants, vivent du RMI ou travaillent au noir ; ils sont protégés par les aides sociales. Tous cependant gardent un respect de soi à travers un univers compensatoire (jardinage, bricolage, broderie…), source d’identité et de fierté. Enfin, les « cas socs » (15 %) sont ceux qui se laissent aller, qui boivent, qui délaissent leurs enfants… Ils sont les seuls dans le ghetto qui ne vivent pas la pauvreté comme une injustice mais comme une situation à laquelle ils ont consenti. Ils vivent comme si le regard des autres avait disparu et sont l’objet du mépris et de l’agressivité, notamment des jeunes.

Ces jeunes des cités ne sont-ils pas les premiers responsables de leur exclusion sociale, à force de destructions et de violences ?

– Ils ont souvent un présent ou un passé de délinquants, c’est vrai. Irrémédiablement marginalisés, ces jeunes sans visage (sous leurs capuches) et sans parole vivent une triple humiliation. Scolaire : l’école dont ils parlent comme d’une institution « folle » leur apparaît comme un lieu d’exclusion et de discrimination qui transforme leur destin en échec. Économique : sans emploi (le taux de chômage de la jeunesse des cités frôle les 50 %), il est impossible d’accéder à un logement et d’envisager fonder une famille. Du coup, la vie « normale » est interdite et l’aide sociale devient un piège dont il est impossible de se sortir. Policière : avec des contrôles d’identité pluri-quotidiens, police et justice sont perçues comme des symboles d’oppression et de racisme.

Pourquoi établissez-vous un lien, dans le ghetto, entre racisme et violence sexuelle ?

– Parce que, dans le ghetto, on se replie sur des modes familiaux rigides ; la violence est utilisée pour obliger l’autre à rentrer dans les normes. À la différence des garçons, les filles des cités peuvent échapper, en partie, au racisme. D’où un sentiment accru d’humiliation chez les hommes qui se crispent pour défendre leur place. Les frustrations cumulées du sexe et de la pauvreté mènent au désarroi et à la colère. Au final, tout cela renvoie à la nature du ghetto, enfermement subi mais aussi protection vis-à-vis d’une société qui exclut ses habitants. Bref, le ghetto fabrique des hommes et des femmes qui savent qu’ils ne méritent pas leur exclusion et qui sentent que leur vie se déroule sans qu’ils puissent vraiment la vivre. C’est souvent pire que la misère.


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