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Outre-mer : Des français bientôt vieux et des jeunes étrangers

 
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MessagePosté le: Mer 28 Oct - 04:25 (2009)    Sujet du message: Outre-mer : Des français bientôt vieux et des jeunes étrangers Répondre en citant

Se séparer des DOM avant que leurs retraités et leurs immigrants ne coûtent trop cher ?
 

Plutôt que d’ajouter aujourd’hui le caillou de multinational aux montagnes de commentaires sur le-grand-débat-sur-l’identité-national-lancé-dimanche-soir-au-Grand-Jury-RTL-par-Eric-Besson, qui concerne pourtant au premier chef, au risque de lasser, les familles franco-étrangères et leurs enfants, voici une autre nouvelle intéressante avec la publication ce mercredi 28 octobre d’une étude de l’Ined (Institut National d’Etudes Démographiques) sur la population des quatre départements d’Outre-Mer (Guadeloupe, Guyane, Martinique et Réunion).
 

Il faut d’abord rappeler le contexte de cette étude. Suite aux graves mouvements sociaux du début 2009 dans les DOM, un accord a été proposé par Nicolas Sarkozy aux autres formations politiques, dont évidemment le PS, pour « une seule voix » de « responsabilité partagée » et d’avenir « maîtrisé et choisi » pour les Dom.
 

Un texte en ce sens, signé d’Yves Jégo, a été publié dans Le Monde, entouré d’une double page de contributions associant « l’émotivité » des populations domiennes et un contexte socio-économique plutôt déprimant.
 

Sous le titre « La voie de l’avenir : responsabilité partagée, fraternité et tolérance », on y décelait immédiatement une facture directement élyséenne, regorgeant de double-sens et de sous-entendus. Sincèrement impliqué dans l’avenir des Dom et de ses populations, Yves Jégo aura décidemment dû avaler toutes les couleuvres avant d’être congédié de la manière que l’on sait et avec l’amertume que l’on connaît lors du remaniement suivant.
 

Il faudra un jour faire l’analyse de ce texte, associant « la voie de l’avenir » à « la seule voix » de responsabilité partagée et d’avenir maîtrisé et choisi.
 

«Une seule voix » « Responsabilité partagée » « maîtrisé » et « choisi » sont des mots soigneusement sélectionnés qui sont bien trop connus des couples mixtes et familles franco-étrangères pour ne pas inquiéter de leur sens lorsqu’adoptés à nouveau, cette fois pour les départements d’outre-mer et la population d’origine domienne de métropole.
 

Après les familles franco-étrangères, les populations domiennes font-elles encore partie de la nouvelle identité nationale ?
 

En complément de cette première étude, l’Ined et l’Insee effectuent de l’automne 2009 au printemps 2010 une enquête sociodémographique Migrations, Famille, Vieillissement dans les quatre DOM. Une contribution au grand-débat-sur-l’identité-national-lancé-dimanche-soir-au-Grand-Jury-RTL-par-Eric-Besson. Ainsi qu’à ses enjeux sous-jacents.
 


Les départements d’Outre-Mer face aux défis du vieillissement démographique et des migrations
Institut National d’Etudes Démographiques
Didier Breton *, Stéphanie Condon **, Claude-Valentin Marie ***, Franck Temporal **
http://www.ined.fr/fichier/t_publication/1480/publi_pdf1_pop.soc_460.pdf

Citation:
Nous avons des départements d’Outre-Mer (DOM) l’image de sociétés jeunes à la démographie galopante.

Or, mise à part en Guyane, la réalité est à l’opposé : la Martinique, la Guadeloupe et La
Réunion font partie des départements français les plus concernés par le vieillissement démographique.

Il y sera très rapide, un défi à relever avec celui des migrations, comme nous l’expliquent Didier Breton, Stéphanie Condon, Franck Temporal et Claude-Valentin Marie, responsable d’une enquête de l’Ined et l’Insee sur ces questions dans les DOM.

Citation:
Transition démographique, vieillissement et migrations affectent les quatre départements d’Outre-Mer bien plus rapidement que les autres régions françaises.

L’accompagnement politique et social qu’ils imposent constitue un réel défi. Les enjeux paraissent d’autant plus cruciaux que, pour l’essentiel, ces réalités demeurent mal connues.

Pour combler ces lacunes, l’Ined et l’Insee effectuent de l’automne 2009 au printemps 2010 une enquête sociodémographique Migrations, Famille, Vieillissement dans les quatre DOM, auprès d’un échantillon de 21 500 personnes âgées de 18 à 79 ans interrogées sur leur histoire familiale, professionnelle et migratoire et aussi sur leurs conditions de vie.

 

DOM : la population est plus jeune qu'en métropole mais vieillit plus vite (étude)
Le Monde
27 octobre 2009
http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-40744285@7-37,0.html

Citation:

La population des quatre départements d'outre-mer est plus jeune que celle de la métropole mais aussi, paradoxalement, promise à un vieillissement plus rapide à cause de l'allongement de la durée de la vie, la baisse des naissances et l'émigration des jeunes actifs, selon une étude de l'Ined publiée mercredi.

En 2006, 35% des habitants de La Réunion avaient moins de 20 ans, la proportion est de 31% en Guadeloupe, 29% en Martinique et 45% en Guyane, contre 25% en métropole, rappelle l'Institut national d'études démographiques (Ined) dans son dernier bulletin mensuel.

Mais d'ici à 2030, la part des plus de 60 ans dans la population devrait doubler dans les trois DOM insulaires.

Selon les projections moyennes de l'INSEE, elle devrait passer de 17% à 34% en Martinique, de 15% à 31% en Guadeloupe et de 11% à 24% à La Réunion.

A cela s'ajoute le fait que dans les trois îles, le rapport entre le nombre de personnes âgées et celui des actifs de 20 à 59 ans pourrait tripler entre 1990 et 2030.

Mettant ces éléments bout à bout, l'Ined avertit que "le chômage et la précarité de nombreux actifs font craindre des conditions difficiles pour les futurs retraités, qui risquent de ne pas pouvoir bénéficier autant qu'aujourd'hui de la solidarité familiale".

L'étude ajoute que "tout autre est la situation de la Guyane où la population est plus jeune et sa croissance nettement plus élevée en raison d'une fécondité forte et d'une immigration importante".

En 2005, 32% des résidents de Guyane étaient nés à l'étranger, et parmi ces derniers, 12% habitaient dans le département depuis moins de cinq ans.

L'Ined relève qu'aux Antilles comme à La Réunion, les migrations ont été à peu près équilibrées entre les entrées et les sorties au cours des dernières décennies, mais qu'elles ont exercé une influence sur la structure de la population.

Le départ des jeunes adultes a été contrebalancé par l'arrivée de nouveaux immigrants et le retour de "natifs d'âge mur" des trois DOM, ou de retraités.

La démographie des DOM, qui comptaient 1.786.384 habitants au 1er janvier 2006, se caractérise par une croissance de la population plus rapide en Guyane et à La Réunion (4% et 1,7% par an respectivement au cours de la période 1999-2006, contre 0,5% en Guadeloupe et 0,6% en Martinique, 0,7% en métropole).

La fécondité est encore forte et relativement précoce: 3,5 enfants par femme en 2006 en Guyane, 2,3 et 2,4 enfants en Guadeloupe et à La Réunion, 2,0 en Martinique (2,0 en métropole).

Une naissance sur six chez des mères de moins de 20 ans est enregistrée dans les DOM, alors que ceux-ci ne représentent tous âges confondus qu'une naissance sur vingt-cinq.

Un ménage sur cinq en 2006 était monoparental contre moins d'un ménage sur dix dans les autres régions françaises.

L'espérance de vie à la naissance rattrape celle de la métropole: il n y a quasiment plus d'écart en Martinique et Guadeloupe, tandis qu'il se réduit sans cesse avec la Guyane et La Réunion.

 

Voir également (pour rappel et mise en perspective) :

La voie de l'avenir : responsabilité partagée, fraternité et tolérance, par Yves Jégo
Le Monde
13 mars 2009
http://www.caraibe.biz/components/com_feedpost/feedpost.php?url=http://us.r


Citation:

En temps de crise, dans un monde complexe, la tentation est forte de simplifier. Cette tentation est plus forte encore quand il s'agit de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane ou de la Réunion, si loin, mais pourtant si proches et si profondément liées à la France et à la République.

La crise actuelle découle d'une multitude de facteurs, elle est aussi la conséquence d'une accumulation de malentendus ; elle est, enfin, l'expression d'attentes parfois contradictoires. Cette crise, c'est une cristallisation. Nous devons donc, tous ensemble, honnêtement et patiemment, en démêler les causes, en poser les enjeux, et tracer une voie pour l'avenir.

La crise de l'outre-mer concerne tous les Français. D'autant plus que dans cette crise spécifique aux départements d'outre-mer, dont les racines sont profondes, s'ajoutent les effets conjoncturels d'un contexte qui n'épargne aucun pays du monde et qui atteint de plein fouet nombre d'entre nous, le plus grand bouleversement économique et social que le monde ait connu depuis la crise de 1929. Nous sommes collectivement à un tournant de l'Histoire, et, comme toujours, dans ces grandes mutations, les inquiétudes sont fortes et les périls plus grands.

L'affectif et l'idéologique troublent notre vision ; les grands mots pour rappeler les pires maux sont dans les esprits : survivance d'une économie coloniale, exploitation, "apartheid", conséquences de l'esclavage... Il y a, bien sûr, derrière ces dénonciations, une part de vérité.

C'est vrai qu'en cinquante ans, en dépit de tous les efforts de l'Etat, et en dépit des avancées considérables réalisées en termes d'infrastructures, de développement des services publics, d'amélioration des conditions de vie, bref de progrès tant économique que social, l'autonomie économique des départements d'outre-mer a reculé, la dépendance à l'égard des importations s'est accrue, la capacité de production n'a pas progressé, le chômage est resté trois fois plus élevé qu'en métropole, les séparations sociales héritées du passé ne sont pas surmontées...

Pour autant toutes ces réalités ne font pas une vérité. Et le choix n'est plus entre l'indépendance et l'assimilation. La seule voix, c'est celle de la responsabilité partagée et de l'avenir maîtrisé et choisi.

Cette crise doit être l'occasion d'une prise de conscience féconde. Longtemps le contrat implicite entre la France et ses outre-mers a été le suivant : nous vous garantissons un mieux-être social, vous nous réservez l'exclusivité des liens. Cette logique est arrivée à ses propres limites.

L'amélioration effective des conditions de vie ne suffit pas à réaliser l'idéal républicain d'égale appartenance à la nation. L'exclusivité des liens se traduit par un renforcement des transferts sociaux et fiscaux venant de la métropole. Pour relever les grands défis du monde à venir, les territoires d'outre-mer ont d'ailleurs, entre leurs mains, la plupart des atouts de leur propre développement.

Le premier atout de l'outre-mer, c'est sa jeunesse. Près d'un million des ultramarins a moins de 20 ans et 6 % des enfants de notre pays naissent outre-mer. Il n'est pas admissible que le chômage soit la perspective pour une majorité de jeunes dans les départements d'outre-mer.

La volonté du gouvernement, c'est de refonder sa politique éducative outre-mer, de renouer avec une grande ambition républicaine en luttant contre l'échec scolaire territoire par territoire, en valorisant les universités ultramarines, en favorisant la mobilité des étudiants au-delà du simple échange avec la métropole. La volonté du gouvernement, c'est d'agir avec tous les acteurs locaux, pour que chaque jeune trouve une voie professionnelle.

Le deuxième atout de l'outre-mer, c'est sa diversité, parce que dans le monde qui vient, la richesse d'un pays tient à sa capacité à s'ouvrir au monde et à rassembler autour d'un projet commun des personnes de toutes origines. Cette richesse est aussi un défi, car cette crise l'atteste : la tentation du rejet de l'autre et du racisme est l'exutoire.

Le troisième atout de l'outre-mer, ce sont aussi et bien sûr ses ressources naturelles.

Si nous le voulons collectivement, en nous appuyant sur ces richesses, le tourisme, l'agro-nutrition, les énergies renouvelables, peuvent devenir demain les nouveaux moteurs de la croissance et l'emploi dans tous nos départements d'outre-mer.

Le président de la République avait vu juste dans sa campagne électorale en proposant les mesures qui sont au coeur de la loi actuellement discutée au Parlement. Ce texte jette les premières bases d'un soutien renforcé à la production locale et ouvre la voie d'une véritable et profonde remise à plat du modèle ultra- marin dans le cadre des Etats généraux voulu par le chef de l'Etat et le gouvernement.

Mais contrairement à ce que beaucoup ont exprimé à l'occasion de ces conflits, je reste persuadé que l'avenir de l'outre-mer, c'est la République. Une République garante des libertés et de la solidarité. Une République soucieuse de fraternité et de tolérance mais aussi une République qui veille scrupuleusement à la transparence des circuits de l'économie et de la concurrence.


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MessagePosté le: Mer 28 Oct - 04:25 (2009)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Sam 7 Nov - 16:26 (2009)    Sujet du message: Outre-mer : Des français bientôt vieux et des jeunes étrangers Répondre en citant

Après le magnifique discours de Nicolas Sarkozy sur les Départements d’Outre-Mer, voici un témoignage qui permet de replacer certains enjeux.
 

Concernant la situation générale franco-étrangère ainsi que de l’immigration, de l’intégration et de la cohésion sociale en Guyane, le document d’Arlindo Dos Santos semble rester le plus explicite :

http://multinational.leforum.eu/t49-Cohesion-sociale-integration-et-immigra…
 

 

Témoignage sur la vie quotidienne dans un village du Haut Maroni
Haut Maroni, Guyane française,
février 2009
Témoignage de Kindy Opoya
http://blada.net/chroniques/2009/4059-Temoignage_sur_la_vie_quotidienne_dan…
 

 

Je m’appelle Kindy Opoya, je suis née en 1986 au village Talhuen. Talhuen se trouve environ à deux heures de pirogue, sur le fleuve Aletani en amont de Maripasoula. J’ai vécu au village jusqu’en 2004, avant de me rendre sur le littoral à Saint-Laurent du Maroni, où j’ai préparé un CAP de la petite enfance.
Je suis actuellement assistante de vie scolaire dans mon village.
 

 

Lorsque je me rends sur le littoral, en écoutant les informations il m’arrive d’entendre le discours de l’Etat : en résumé, la lutte contre l’orpaillage clandestin est difficile, mais l’Etat fait ce qu’il faut pour garder le contrôle de la situation. Des progrès ont été réalisés, et l’Etat va y arriver petit à petit.
 

En vérité, tous ceux qui vivent sur place voient bien que l’Etat est largement débordé par le développement de l’orpaillage.
 

Aujourd’hui le quotidien dans nos villages, c’est la peur des garimpeiros. La peur le jour et la nuit. Les clandestins, nous leur consacrons presque tout notre temps. C’est notre première préoccupation. Les garimpeiros ont envahi notre vie, de jour comme de nuit.
 

Chaque jour nous craignons de trouver notre abatti dévasté, parce que les garimpeiros se servent sur nos abattis : la canne à sucre, les dachines, les bananes … chaque jour nous avons peur de faire une mauvaise rencontre, lorsque nous nous rendons en forêt.
 

La nuit, c’est l’inquiétude en permanence. On dort mal, parce que le bruit des pirogues à moteur nous réveille plusieurs fois par nuit. Beaucoup de villageois dorment armés, car ils se méfient. Ils se disent que les garimpeiros pourraient très bien se rendre dans nos villages, nos villages sont ouverts.
 

La nuit on nous vole nos moteurs. Les clandestins récupèrent dans nos villages les moteurs que les gendarmes leur saisissent sur les placers. Pour éviter cela il nous faut les enlever des pirogues et les surveiller la nuit. Les garimperos ont déjà volé des moteurs aux gendarmes eux-mêmes.
 

On a peur, bien sûr, mais parmi ceux qui ont peur il y en a qui veulent se défendre. Il faut un certain courage pour arrêter une pirogue de clandestins, l’aborder et tout débarquer à l’eau. Il y a des volontaires, mais on ne sait jamais ce qui peut se passer. Il y a déjà eu des échanges de coups de feu. Les garimpeiros ont peur sans doute aussi, parce qu’ils savent que nous sommes dans une situation intenable, mais peut-être que la présence des gendarmes les rassure.
 

L’eau du fleuve qui passe devant notre village est sale. Sale et blanchâtre depuis plusieurs mois. Il devient gênant de laver son linge, de se laver, de laver son enfant qui va boire cette eau en se baignant. L’eau du fleuve est sale en ce moment à cause d’un nouveau chantier, un très grand chantier d’orpaillage qui se trouve sur la crique Lipolipo, une rivière qui débouche sur l’Aletani. Dans nos village, les puits et les pompes mis en place par l’administration ne fournissent de l’eau potable que quelques heures par jour, le matin seulement.
 

Au mois d’octobre 2008, les légionnaires se sont installés à Twenke. Les légionnaires faisaient bien leur travail : au début de leur installation aucune pirogue de clandestins ne passait, ni sur la Lipolipo ni sur l’Aletani, ni sur le Tampok. Les légionnaires étaient autoritaires et énergiques, ils défendaient vraiment le fleuve, sans avoir peur de bousculer les clandestins, ni de jeter leurs cargaisons à l’eau. Mais je crois qu’on leur a fait le reproche d’être trop agressifs : un jour ils ont sévèrement battu un clandestin devant tout le monde. Depuis ils sont devenus moins énergiques.
 

Les gendarmes c’est autre chose. Ils sont calmes et ordonnés, ils disent qu’ils attendent les ordres du sous-préfet pour intervenir, mais les ordres ne viennent pas. Ils se plaignent souvent que le sous-préfet ne leur donne pas assez de moyens. Ils disent que le fleuve est international, et qu’ils ne peuvent pas arrêter les gens qui y passent. Parfois ils contrôlent tout de même les pirogues, mais les brésiliens s’amusent d’eux : ils leur montrent des fausses autorisations pour travailler en amont du côté Suriname, rédigées en néerlandais, mais une fois passé le contrôle ils traversent le fleuve pour se rendre à Lipolipo, du côté français vers 18 heures. Les gendarmes le savent bien, mais ils ne peuvent rien faire.
 

Les clandestins n’ont pas peur des gendarmes. Les gendarmes cherchent toujours à éviter les
confrontations, ils crient "Attention, gendarmerie", pour se protéger eux-mêmes, mais cela n’empêche pas les clandestins de passer. Les clandestins s’y prennent à dix ou quinze pirogues, ils ont des moteurs de cent-quinze chevaux, ils se regroupent et ils foncent. Cela se passe deux ou trois fois par semaine. Depuis longtemps nous avons décidé d’assister les gendarmes contre leur gré. Nous le faisons régulièrement, les hommes et les femmes, nous faisons des brigades, chacun son tour. Une fois, en novembre 2008, sur le Tampok, nous nous étions mis avec les gendarmes, en embuscade pour attendre un convoi de clandestins.
 

Nos fusils étaient au fond des pirogues, au cas où on en aurait besoin. Il était minuit. A l’endroit où nous étions, le Tampok se rétrécit sur un saut, et à cette époque l’eau était très basse. Les gendarmes étaient cachés au fond des pirogues. Les clandestins sont arrivés, il y avait sept pirogues, des surinamiens et des brésiliens, ils fonçaient. Au dernier moment les gendarmes se sont levés, ils ont crié "Halte, gendarmerie !", mais cela n’a rien fait. Nous nous sommes alors placés sur leur chemin pour les arrêter, alors qu’ils devaient ralentir à cause des rochers sur le saut. La plupart des clandestins se sont jetés à l’eau et ont abandonné leurs pirogues, leurs moteurs et toutes leurs affaires pour ne pas se faire prendre. C’est comme ça qu’ils font. Cette nuit-là, seulement trois pirogues ont pu être contrôlées.
 

Malgré l’arrivée des légionnaires et des gendarmes, la situation chez nous n’a fait que  s’aggraver. Ils ne parviennent pas à retenir les clandestins, ils sont débordés. Il y a cet énorme chantier d’orpaillage, du côté français contre lesquels ils ne font rien : j’ai parlé de Lipolipo, mais il a aussi Pëlekumalu, où les clandestins sont plusieurs centaines : sur leur chantier il y a des magasins et une discothèque. En face, au Suriname ils stockent leur matériel. A Yaopasi, presque en face de Twenke, mais aussi tout près de Maripasoula : là il y a une grande ville nouvelle construite par les brésiliens.
 

Il y a aujourd’hui environ dix gendarmes et quarante légionnaires à Twenke. Ils logent dans les carbets des villageois. Ils ont construit des tinettes partout. Avec les quads qu’ils ont saisis aux clandestins, les gendarmes dévastent le terrain, c’est vraiment gênant. Nous nous disputons souvent avec les gendarmes, on leur reproche de ne pas être efficaces. Lorsque nous arrêtons une pirogue de clandestins, ils nous empêchent de nous servir, mais eux-mêmes font la cuisine avec les marchandises qu’ils saisissent. Nous leur disons souvent cela : "Vous vous en foutez, vous n’êtes pas chez vous …". Les gendarmes se brossent les dents avec de l’eau Chanflor, et tout ce qu’ils mangent vient de Maripasoula.
 

Les amérindiens se disputent aussi entre eux à cause de l’orpaillage. Ils sont divisés sur la conduite à tenir. Il y a ceux et celles qui se résignent et ceux et celles qui se battent. Il y en a qui, petit à petit, se lancent dans le commerce avec les orpailleurs, d’autres encore qui se lancent dans l’orpaillage. Les chefs coutumiers sont de plus en plus contestés. Mais que peuvent-ils faire ? L’entente se dégrade chaque jour, les amérindiens se disputent à cause de l’orpaillage. Lorsqu’il y a des vacances scolaires, tous les villageois qui le peuvent quittent le village pour se rendre sur le littoral, comme je le fais moi-même. Il n’y a plus de douceur de vivre chez nous.
 

Je souhaitais témoigner sur ce qu’est devenue la vie de tous les jours dans les villages  amérindiens du Haut Maroni. Les journalistes ne restent jamais assez de temps pour comprendre tout ce qui se passe, mais quand même, c’est bien, ils font des reportages. Je sais bien qu’aujourd’hui beaucoup de gens sont au courant, les autorités, les médias, la population en Guyane et en France. Mais ils ne savent pas que depuis plusieurs années, presque tous les jours et toutes les nuits notre vie est en désordre.
 

Je fais ce témoignage sans croire qu’il peut être vraiment utile. Je ne sais pas si cela sert que tout le monde sache, parce que la situation empire chaque jour.
 

Kindy Opoya, au village Balaté, le 7 février 2009


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